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A travers ses enquêtes et ses tables rondes, le Panorama de l'Immobilier d'Entreprise se fait l'écho des préoccupations des aménageurs investisseurs, promoteurs et commercialisateurs. Nous donnons pour une fois Ia parole aux utilisateurs. Leur regard sur le travail des commercialisateurs, les relations avec les collectivités locales et Ia globalisation des prestations associées à l'immobilier. D'emblée, apparaît une singularité forte des utilisateurs dons leur manière d'aborder Io question du patrimoine immobilier de leurs entreprises : la non pertinence du critère des mètres carrés, qui est l'alpha et l'oméga des opérateurs amont. A cela, trois raisons principales. D'abord, lu qualité de localisation des sites prime sur leur taille, tout particulièrement pour les emplacements commerciaux. Ensuite, deux sites de 20 M2 et de 1 000 M2 récla ment au directeur immobilier (presque) le même travail de négociation et de gestion du bail. Enfin, le patrimoine des "grands" utilisateurs enregistre des fluctuations continues et parfois de grande ampleur au rythme des opportunités locales, des stratégies d'expansion et des mouvements de délocalisation ou concentration, et de la redéfinition du périmètre des groupes (rachat de sociétés, fusions ou alliances). De fuit, s'il ne doit pas être entièrement négligé, le critère des mètres carrés est annexe. Survol du patrimoine de quelques grands comptes
L e groupe Pinault Printemps-Redoute investit
dans trois catégories bien distinctes de produits immobiliers.
Les plus stratégiques sont les espaces de vente d'une vingtaine
d'enseignes
grand public", depuis les plus petits tels que les FNAC Service d'une
surface moyenne de 50 m2 jusqu'aux entités les plus importantes,
les magasins Printemps (surface moyenne 10 000 m2) Deuxième ensemble,
les agences ouvertes aux professionnels et les entrepôts logistiques,
partagés entre les messageries (pour des surfaces inférieures
à 5 000 m2) en lien avec les enseignes nécessitant des livraisons
quotidiennes aux clients, et les plates-formes de 10 000 à 200
000
M2
. Représentant moins de 5 % du nombre de sites et de mètres
carrés exploités, vient enfin Io troisième catégorie
: les bureaux. Au total le groupe exploite plus de 3 500 sites (dont lu
moitié à l'international), soit plus de 7,5 millions de
mètres carrés en locution, en crédit bail comme en
propriété. Des commercialisateurs à l'écoute... pour les grandes surfaces. Les directeurs immobiliers ont des informations contradictoires quant ou marché du bureau : oui ou non, il y a-t-il une pénurie de surfaces disponibles ? "Lorsque nous cherchons des bureaux, les commercialisateurs nous disent qu'il n'y a plus rien sur le XII mais on sait pur ailleurs que des mètres carrés sont disponibles, déplore Murielle Lagrave (responsable immobilier de lu BRED). Nous avons les plus grandes difficultés à dénicher des surfaces intermédiaires. Alors, soit les commercialisateurs n'ont pus une maîtrise suffisante de leurs marchés, soit ils ne s'intéressent pus à l'ensemble des besoins de leurs clients." Dans tous les cas,la relation entre les commercialisateurs et les utilisateurs n'est pas optimale, particulièrement en période de crise. Le constat est moins critique pour les agglomérations de province. La pénurie y est moins marquée qu'à Paris, et les agents immobiliers semblent moins omnubilés pur les transactions de grondes surfaces. Pour Patrick Tatry-Goulier, responsable du pôle moyens généraux de Sofinco, l'établissement de nouveaux cadres de relations permet de dépasser cette difficulté, et d'améliorer la gestion du patrimoine. Depuis deux ans, lu Sofinco a signé un contrat d'exclusivité nationale avec un réseau de commercialisateurs. "Le deal est simple ; ils nous aident à revendre nos sites difficiles, ils nous aident à trouver le "mouton à cinq pattes", et on les paie au vu des résultats obtenus." C'est là une solution rationnelle pour les grands groupes, mois elle a des répercussions négatives pour les PME-PMI, privées des moyens d'accords de ce type. Mortine Mariez est directrice générale de Chrysopée, société de direction immobilière externalisée pour le compte d'entreprises petites et moyennes ; elle observe que cette solution renforce les écarts de position entre les grands comptes et les petits clients des commercialisaleurs : "Une société importante peut payer 10 % d'honoraires, voire un peu moins si elle a établi un accord national. Les PME-PMI sont astreintes à payer 20 % ou même 25 % d'honoraires. Mais à ces prix, elles n'ont que peu de garanties quant à la fiabilité des prestations qui leurs sont proposées. Il n'est pas rare qu'un contrat signé sur les instances d'un conseil en immobilier se révèle très défavorable, très coûteux pour des entreprises dont ça n'est pus le métier, et qui ont bien d'autres soucis. Où est le "conseil" ?" Administration et collectivités, un partenariat contraint par les procédures
Les opérateurs bancaires notent une complication des procédures
d'autorisation de travaux déposés à l'occasion des
créations et des reconfigurations d'agences ou lors de l'ouverture
de distributeurs de billets en façade. Multiplication des interlocuteurs,
instruction des permis de construire qui traînent en longueur dans
des proportions de plus en plus gênantes... Cela donne lieu à
des décalages nettement marqués entre les contraintes de
l'immobilier et les business plan, les besoins de visibilité et
de flexibilité de l'entreprise. "Les entreprises doivent être
très réactives. Par nature, les cycles de l'immobilier sont
déjà très longs entre l'autorisation des programmes,
leur financement, la construction... Si l'on rajoute des procédures
en amont de ces cycles, on multiplie les tensions dont les répercussions
sont majeures pour nous, explique Cécile de Guillebon, directrice
des assurances et de l'immobilier du groupe Pinoult-PrintempsRedoute.
Or, raisonner et harmoniser des calendriers à 5 ans peut convenir
à des entreprises matures ; mais les délais pour des sociétés
plus jeunes ne peuvent excéder 6 mois à un an ; pour elles,
c'est particulièrement difficile." La société Nouvelles
Frontières est confrontée à ce type de difficulté
à choque ouverture d'une nouvelle agence : "il nous faut une licence
pour ouvrir ; mais en
attendant de l'obtenir, nous sommes obligés de signer le bail et
de payer une location. Ia lenteur des procédures administratives
peut nous coûter cher", regrette Akrio Rebouh, chargée de
la gestion du parc immobilier de Nouvelles Frontières. Michel Grossi,
directeur immobilier du CCF poursuit dans le même registre de préoccupations
: L'actualité du transport de fonds nous impose de reconfigurer
certaines de nos agences. Le rallongement des délais et des procédures
peut nous mettre dons l'impossibilité de respecter les échéances
légales, et nous exposer à des sanctions très lourdes
dont Io fermeture de sites." Autre contrainte, outre questionnement : quels partenariats établir avec les collectivités locales ? Sofinco offre un exemple éclairant du type de problème susceptible de se poser : "Lorsque nous avons lancé lu nouvelle identité visuelle de l'entreprise, nous avons pris tous les délais pour que l'événement intervienne partout simultanément. Au dernier moment, certaines villes ont négocié leur accord final contre un effort supplémentaire de Sofinco dons l'embellissement des façades ! Il paraît effectivement normal que les sociétés qui ont des moyens, participent à l'embellissement de lu ville, et ou maintien de lu qualité de son armature urbaine commerciale, mois il fout clarifier ce rôle. Il doit s'agir d'un partenariat, estime Patrick Totry-Goutier, et non d'un rapport de force." Framatome connaît Io même problématique pour ce qui concerne le réaménagement des friches industrielles. "lu relation avec les collectivités locales et leurs services techniques peut être aléatoire et instable. Nous sommes très courtisés lorsque la ville souhaite voir se développer l'entreprise ; mais nous sommes évincés quand la même ville souhaite récupérer telle ou telle emprise foncière !" Des associations comme Nacore International peuvent se constituer comme des plates-formes de rencontres et de débats entre les responsables des collectivités et les directeurs immobiliers des sociétés. Ces négociations permettraient de résoudre ces problèmes d'ajustements réciproques des contraintes et des enjeux des uns et des outres. L'immobilier, un outil de travail ou un produit financier ? Nacore International pourrait intervenir utilement sur un autre chantier, celui de la clarification et de la modernisation des baux commerciaux. "Certains baux commerciaux sont d'une lourdeur absolument considérable, s'inquiète Akrio Rebouh (Nouvelles Frontières). En effet, en retenant des emplacements numéro 1, nous nous trouvons dans l'obligation d'assumer toutes les charges du propriétaire sons l'être : le "606", ou même des périodes fermes de 9 ou 12 uns, les charges foncières, les travaux... !". Michel Grossi (CCF) continue : "il fout distinguer les différents marchés : boutiques/bureaux, Paris/Province, bailleurs institutionnels/particuliers mais en général, les mentalités doivent évoluer. Les bailleurs doivent intégrer que pour les utilisateurs l'immobilier est un outil de travail et le loyer la contrepartie d'un service. Or pour les bailleurs, l'immobilier est avant tout un produit financier et le loyer la rémunération du capital, d'où blocages et tensions. L'utilisateur n'est pas seulement un locataire qui assure un rendement triple net mais un client qui exige un vrai service". Pour Philippe Hachin (Framatome) une solution consiste dans la modification du décret de 1953. Mais en attendant, Nacore doit intervenir pour que les constructeurs et les commercialisateurs ne soient pas seuls à aborder les problèmes dons les instances du milieu professionnel. Prestations globales : les offreurs doivent mieux faire
Pendant longtemps, les utilisateurs ont pris des bureaux vides, qu'ils
devaient même parfois aménager eux-mêmes. Depuis quelques
années, les prestations se multiplient : location de bureaux immobiliers
mais aussi de pièces de mobilier, audits et conseils divers, "space
planning" ' services à la personne... Il semble probable que bientôt
les loueurs aillent jusqu'à proposer le recrutement de certaines
catégories de personnels. Directeur immobilier, une fonction stratégique
La mise en oeuvre de ce type de solution nécessite toutefois que
le prestataire dispose d'un interlocuteur unique et pertinent dans l'entreprise,
qui puisse suivre, négocier et contrôler la réalisation
des missions. "L'externalisation ne doit surtout pas conduire à
priver l'entreprise de ses propres compétences, avance Murielle
Lagrave (BRED). L'immobilier est un poste important dons le bilan d'une
société, et il faut foire admettre que le métier
de directeur de l'immobilier occupe un poste stratégique", ajoute
Martine Moriez (Chrysopée). "Le positionnement de la fonction est effectivement fondamental", confirme Jean-Pierre Divolis (Budget). En interne, les directeurs immobiliers sont confrontés à deux enjeux majeurs. Ils doivent d'une part, faire accepter que l'externalisation de certaines tâches et le maintien d'lune compétence forte au sein de l'entreprise ne sont pas deux perspectives contradictoires, mais cela suppose de faire évoluer la fonction et son contenu. D'outre part, "ils ont à faire comprendre, poursuit Cécile de Guillebon (PinoultPrintempsRedoute), que la mission du directeur immobilier ne prend pas fin une fois que le bail est signé, au contraire c'est à partir de ce moment qu'elle commence vraiment".
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