Challenge N° 191- décembre 2002

Management. Par Catherine Sabbah

Avez-vous un bureau à votre mesure?

Ouvert, fermé? L’implantation, la surface, le mobilier de votre bureau en disent long sur votre statut, et votre société.

Avez-vous un bureau à votre mesure?
Combien mesure votre bureau? Combien de fenêtres compte-t-il? A quel étage?… Détails? Pas du tout. Ces signes extérieurs de pouvoir ont longtemps signifié autant qu’un badge épinglé sur votre chemise. Mais les codes changent, dit-on, dans l’entreprise, qui profite souvent d’un déménagement pour gagner des mètres carrés en logeant tout le monde à la même enseigne. Apparemment. Car la perspective du déménagement de leur entreprise est toujours vécue comme un traumatisme par ses salariés. "J’ai vu des directeurs à quatre pattes, double décimètre en main, en train de mesurer la taille de leur futur bureau et de celui de leur collègue", raconte un aménageur. "La nouvelle configuration de l’espace est riche d’enseignements sur l’avenir, souligne Martine Mariez, directeur général de Chrysopée, société de management et d’organisation d’actifs immobiliers. D’un coup d’œil sur les plans, la position et la taille des bureaux, on peut savoir qui va être promu ou qui est plutôt sur la touche." Les temps changent, l’entreprise aussi. Conflit de générations, héritage des start-up ou rationalisation d’un espace de plus en plus cher, la tendance est aux grands plateaux ouverts et aux bureaux partagés. Tous égaux donc? Mais certains le seront toujours plus que d’autres. Et vous?


1. Votre bureau est-il dans un back-office ou au siège social ?
Noisy-le-Grand ou la Défense? Pour l’entreprise, le choix entre ces deux quartiers tertiaires, dont le coût d’implantation (loyer, taxes, charges) peut varier du simple au triple, est vite fait. La belle adresse, souvent parisienne ou centrale, est réservée au siège social, la banlieue aux services moins en vue, dans des immeubles moins prestigieux. "Dans un call center, on case les salariés, souvent en CDD, les uns à côté des autres sans souci de confort", assure un space-planner. A l’inverse, les immeubles les plus modernes de la Défense ou du quartier de Paris rive gauche soignent leurs occupants. Fini restaurants d’entreprise enterrés, ascenseurs poussifs et moquettes grisâtres. Structure en acier, façades de verre, mobilier en bois, lumière, couleurs claires, tout rapproche l’univers du bureau de celui de la maison. Comme si, à l’heure de la réduction du temps de travail, un supplément d’âme allait retenir davantage les cadres au bureau!

2. Au rez-de-chaussée ou au sommet ?
Salle à manger privative, bureau avec douche, niveau entier… au dernier étage, bien sûr! "On entend encore ce genre de demandes de la part de patrons qui ont fondé leur entreprise et ont besoin de la dominer, explique Lucy Bacri, co-dirigeante de l’entreprise de space-planning Majorelle. Les patrons-salariés sont moins exigeants, ou ne peuvent pas se permettre ce genre de fantaisie." Il y a dix ans, la correspondance "étage de l’immeuble-étage de l’organigramme" était assez claire. Elle tend à disparaître. A Shell ou Oracle à Colombes, à Microsoft aux Ulis, tous les postes de travail sont identiques, à tous les étages, y compris celui du patron, logé sur le plateau. Les bâtiments, accueillant souvent une entreprise par niveau, se prêtent peu à un affichage du pouvoir. Mais, quand ils sont construits pour un seul utilisateur, tout est permis: le nouveau siège de la direction des fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, quai de la Gare, à Paris dans le XIIIe , annonce sans complexe la structure de l’entreprise. Au sommet, deux étages sont séparés du reste, comme un second bâtiment posé sur le premier. Terrasses en bois d’ipé, bureaux plus vastes, jusqu’à celui du président à la pointe du navire, construit en triangle, avec vue sur tout Paris.

3. Sombre ou baigné de lumière ?
A l’école, les fenêtres étaient réservées aux rêveurs… ou aux cancres. Dans l’entreprise, le bureau d’angle avec deux ouvertures et double orientation fut traditionnellement le plus convoité. Aujourd’hui, ce privilège de voir le jour est partagé. Le principe des plateaux ouverts laisse théoriquement entrer la lumière jusqu’au centre de l’immeuble. "Lorsqu’ils sont trop larges, on perce un trou au milieu, on recrée une arrivée de lumière par un atrium. Ces espaces "valent" moins que les bureaux en façade, mais plus qu’en plein milieu du plateau, où, quoi qu’on en dise, il faut souvent vivre sous sa lampe", explique un "commercialisateur" de chez Bourdais. Le nombre de fenêtres reste un excellent signe extérieur de pouvoir car il détermine l’emplacement des murs, et donc la taille du bureau. Enfin une fenêtre, c’est une vue: sur la Seine ou… sur le périph ou des voies ferrées.


4. Quinze mètres carrés ou davantage ?
Dans certains laboratoires pharmaceutiques, riches, la surface des bureaux peut encore atteindre 20mètres carrés, mais la plupart des entreprises ont réduit leurs standards à 15mètres carrés. Desquels il faut soustraire les surfaces de couloirs et celle des escaliers… incluses dans ce calcul. "Les sociétés qui déménagent établissent des grilles claires, explique Martine Mariez. Les membres du directoire et directeurs de division ont droit à 4 trames, les directeurs de département à 3, les chefs de service à 2, et les autres sont installés en plateaux ouverts puisque l’on ne peut pas faire plus petit." Ensuite, on peut introduire des nuances. Echanger une fenêtre contre une place de parking, accepter des mètres carrés en moins contre l’obtention d’une moquette plus confortable. Même l’open space peut se mesurer: la position d’une demi-cloison, d’une armoire ou d’une plante, voilà qui "ferme" un bureau ou délimite l’espace personnalisé. D’un usage de plus en plus répandu, les plateaux paysagers sont combattus par une tendance naturelle de l’homme à s’isoler, qui est difficile à enrayer. "Et pourtant, un cadre ne passe pas plus de 30% de sa journée assis à son bureau. A quoi peuvent bien lui servir ses 10 ou ses 20 mètres carrés?" s’interroge Ines Reinmann, directeur général de Tertial, filiale de promotion immobilière de la Caisse des dépôts.

5. Et, détail final, quel type de mobilier ?
Votre fauteuil a-t-il un repose-tête? Est-il réglable? En cuir? Noir ou bleu? "Les possibilités sont infinies", commente Frédéric Miquel, vice-président de Steelcase France, designer et aménageur d’espaces de bureaux. La gamme du fabricant ressemble à celle d’un constructeur de voitures. Ses bureaux les plus chers valent le prix d’une grosse berline. Ils sont signés et de finition raffinée, verre, marbre, bois précieux. "Dans les espaces où la hiérarchie n’est plus marquée par les murs, les meubles peuvent les remplacer, poursuit-il. La finition annonce le statut, comme la hauteur du dossier, la plante verte, la table ou le canapé." Plus subtile, la table de réunion des dirigeants les met tous sur le même plan, sauf celui qui siège en face du sous-main intégré. "La tendance va quand même dans le sens d’une adaptation de l’espace à l’activité plus qu’au titre, conclut Frédéric Miquel. Ceux qui ont besoin du bureau le plus confortable et le plus grand sont ceux qui y passent le plus de temps, les assistantes, les comptables, les documentalistes et tous les sédentaires." Dans les entreprises modernes, ces fonctions devraient avoir la plus belle vue… C.S.

Imprimer

Fermer la fenêtre