Management. Par Catherine Sabbah
Avez-vous un bureau à votre mesure?
Ouvert, fermé? L’implantation, la
surface, le mobilier de votre bureau en disent long sur votre statut,
et votre société.
Avez-vous un bureau à votre mesure?
Combien mesure votre bureau? Combien de fenêtres
compte-t-il? A quel étage?… Détails? Pas du tout. Ces
signes extérieurs de pouvoir ont longtemps signifié autant
qu’un badge épinglé sur votre chemise. Mais les codes
changent, dit-on, dans l’entreprise, qui profite souvent d’un déménagement
pour gagner des mètres carrés en logeant tout le monde
à la même enseigne. Apparemment. Car la perspective du
déménagement de leur entreprise est toujours vécue
comme un traumatisme par ses salariés. "J’ai vu des directeurs
à quatre pattes, double décimètre en main, en train
de mesurer la taille de leur futur bureau et de celui de leur collègue",
raconte un aménageur. "La nouvelle configuration de l’espace
est riche d’enseignements sur l’avenir, souligne Martine Mariez, directeur
général de Chrysopée, société de
management et d’organisation d’actifs immobiliers. D’un coup d’œil sur
les plans, la position et la taille des bureaux, on peut savoir qui
va être promu ou qui est plutôt sur la touche." Les temps
changent, l’entreprise aussi. Conflit de générations,
héritage des start-up ou rationalisation d’un espace de plus
en plus cher, la tendance est aux grands plateaux ouverts et aux bureaux
partagés. Tous égaux donc? Mais certains le seront toujours
plus que d’autres. Et vous?
1. Votre bureau est-il dans un back-office ou au siège social
?
Noisy-le-Grand ou la Défense? Pour l’entreprise, le choix
entre ces deux quartiers tertiaires, dont le coût d’implantation
(loyer, taxes, charges) peut varier du simple au triple, est vite fait.
La belle adresse, souvent parisienne ou centrale, est réservée
au siège social, la banlieue aux services moins en vue, dans
des immeubles moins prestigieux. "Dans un call center, on case les salariés,
souvent en CDD, les uns à côté des autres sans souci
de confort", assure un space-planner. A l’inverse, les immeubles les
plus modernes de la Défense ou du quartier de Paris rive gauche
soignent leurs occupants. Fini restaurants d’entreprise enterrés,
ascenseurs poussifs et moquettes grisâtres. Structure en acier,
façades de verre, mobilier en bois, lumière, couleurs
claires, tout rapproche l’univers du bureau de celui de la maison. Comme
si, à l’heure de la réduction du temps de travail, un
supplément d’âme allait retenir davantage les cadres au
bureau!
2. Au rez-de-chaussée ou au sommet ?
Salle à manger privative, bureau avec douche, niveau entier…
au dernier étage, bien sûr! "On entend encore ce genre
de demandes de la part de patrons qui ont fondé leur entreprise
et ont besoin de la dominer, explique Lucy Bacri, co-dirigeante de l’entreprise
de space-planning Majorelle. Les patrons-salariés sont moins
exigeants, ou ne peuvent pas se permettre ce genre de fantaisie." Il
y a dix ans, la correspondance "étage de l’immeuble-étage
de l’organigramme" était assez claire. Elle tend à disparaître.
A Shell ou Oracle à Colombes, à Microsoft aux Ulis, tous
les postes de travail sont identiques, à tous les étages,
y compris celui du patron, logé sur le plateau. Les bâtiments,
accueillant souvent une entreprise par niveau, se prêtent peu
à un affichage du pouvoir. Mais, quand ils sont construits pour
un seul utilisateur, tout est permis: le nouveau siège de la
direction des fonds d’épargne de la Caisse des dépôts,
quai de la Gare, à Paris dans le XIIIe , annonce sans complexe
la structure de l’entreprise. Au sommet, deux étages sont séparés
du reste, comme un second bâtiment posé sur le premier.
Terrasses en bois d’ipé, bureaux plus vastes, jusqu’à
celui du président à la pointe du navire, construit en
triangle, avec vue sur tout Paris.
3. Sombre ou baigné de lumière ?
A l’école, les fenêtres étaient réservées
aux rêveurs… ou aux cancres. Dans l’entreprise, le bureau d’angle
avec deux ouvertures et double orientation fut traditionnellement le
plus convoité. Aujourd’hui, ce privilège de voir le jour
est partagé. Le principe des plateaux ouverts laisse théoriquement
entrer la lumière jusqu’au centre de l’immeuble. "Lorsqu’ils
sont trop larges, on perce un trou au milieu, on recrée une arrivée
de lumière par un atrium. Ces espaces "valent" moins que les
bureaux en façade, mais plus qu’en plein milieu du plateau, où,
quoi qu’on en dise, il faut souvent vivre sous sa lampe", explique un
"commercialisateur" de chez Bourdais. Le nombre de fenêtres reste
un excellent signe extérieur de pouvoir car il détermine
l’emplacement des murs, et donc la taille du bureau. Enfin une fenêtre,
c’est une vue: sur la Seine ou… sur le périph ou des voies ferrées.
4. Quinze mètres carrés ou davantage ?
Dans certains laboratoires pharmaceutiques, riches, la surface des
bureaux peut encore atteindre 20mètres carrés, mais la
plupart des entreprises ont réduit leurs standards à 15mètres
carrés. Desquels il faut soustraire les surfaces de couloirs
et celle des escaliers… incluses dans ce calcul. "Les sociétés
qui déménagent établissent des grilles claires,
explique Martine Mariez. Les membres du directoire et directeurs de
division ont droit à 4 trames, les directeurs de département
à 3, les chefs de service à 2, et les autres sont installés
en plateaux ouverts puisque l’on ne peut pas faire plus petit." Ensuite,
on peut introduire des nuances. Echanger une fenêtre contre une
place de parking, accepter des mètres carrés en moins
contre l’obtention d’une moquette plus confortable. Même l’open
space peut se mesurer: la position d’une demi-cloison, d’une armoire
ou d’une plante, voilà qui "ferme" un bureau ou délimite
l’espace personnalisé. D’un usage de plus en plus répandu,
les plateaux paysagers sont combattus par une tendance naturelle de
l’homme à s’isoler, qui est difficile à enrayer. "Et pourtant,
un cadre ne passe pas plus de 30% de sa journée assis à
son bureau. A quoi peuvent bien lui servir ses 10 ou ses 20 mètres
carrés?" s’interroge Ines Reinmann, directeur général
de Tertial, filiale de promotion immobilière de la Caisse des
dépôts.
5. Et, détail final, quel type de mobilier ?
Votre fauteuil a-t-il un repose-tête? Est-il réglable?
En cuir? Noir ou bleu? "Les possibilités sont infinies", commente
Frédéric Miquel, vice-président de Steelcase France,
designer et aménageur d’espaces de bureaux. La gamme du fabricant
ressemble à celle d’un constructeur de voitures. Ses bureaux
les plus chers valent le prix d’une grosse berline. Ils sont signés
et de finition raffinée, verre, marbre, bois précieux.
"Dans les espaces où la hiérarchie n’est plus marquée
par les murs, les meubles peuvent les remplacer, poursuit-il. La finition
annonce le statut, comme la hauteur du dossier, la plante verte, la
table ou le canapé." Plus subtile, la table de réunion
des dirigeants les met tous sur le même plan, sauf celui qui siège
en face du sous-main intégré. "La tendance va quand même
dans le sens d’une adaptation de l’espace à l’activité
plus qu’au titre, conclut Frédéric Miquel. Ceux qui ont
besoin du bureau le plus confortable et le plus grand sont ceux qui
y passent le plus de temps, les assistantes, les comptables, les documentalistes
et tous les sédentaires." Dans les entreprises modernes, ces
fonctions devraient avoir la plus belle vue… C.S.
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